11/08/2009
Par Maité KODA
Des propositions contre les discriminations
La commission « Egalité et discriminations », créée à l’occasion des Etats généraux de l’Outre-mer dans l’hexagone, a rendu son rapport.
Les consultations et débats publics organisés auprès des originaires de l’Outre-mer dans l’hexagone ont pris fin le 31 juillet.
Plusieurs centaines de personnes défilent derrière une banderole dénonçant les "discriminations envers les Français d’Outre Mer", le 11 décembre 2004 à Paris © AFP
Des différentes consultations sont ressortis plusieurs constats d’inégalités dénoncées par les ultramarins de l’hexagone. Celles-ci se retrouvent dans des domaines variés, allant des coûts « prohibitifs » des billets en période estivale - « un aller retour Paris Mayotte peut s’élever à 1 800 euros » rappelle le rapport- aux disparités concernant le logement. « Une importante population ultramarine réside dans des villes qui cumulent les handicaps territoriaux », ajoute le compte-rendu qui pourtant, faute de statistiques exactes, ne précise pas le nombre.
De toute évidence, le sujet des inégalités et des discriminations est brûlant. Une vingtaine de propositions, largement détaillées dans le rapport sont sorties de ces réunions. La lutte contre les discriminations et les inégalités ont été abordées dans quatre domaines : les institutions, les études, les discriminations liées au travail et aux retraites et enfin celles liées au social.
Recenser sans entrer « dans une logique de comptage ethnique »
C’est aux inégalités dans les institutions que se sont attaqués en premier lieu les auteurs du rapport. Ceux-ci témoignent des regrets de la population ultramarine, trop souvent logée dans des quartiers difficiles, de se retrouver discriminée lors de l’envoi de CV mentionnant leur ville d’appartenance. « Notre commission s’est trouvée gênée pour proposer des solutions à ces handicaps qu’elle ne pouvait mesurer, faute de disposer d’un outil existant, global et cohérent », rapporte la commission.
Avant de demander, entre autres, « un outil d’analyse élaboré par l’INSEE qui permette de croiser la répartition géographique de nos populations dans l’hexagone avec les handicaps territoriaux de nos lieux de vie. » Le tout « sans pour autant entrer dans une logique de comptage ethnique qui serait étrangère aux valeurs de notre République ».
Accession à la propriété
Sur le plan social, ce n’est rien de moins qu’un « droit spécifique au logement » qui est demandé par les rapporteurs. Ce dernier devrait permettre « l’accession à la propriété des originaires de l’Outre-mer de condition modeste (…) et permettre aux Ultramarins qui doivent déménager vers les DFE (Départements français d’Europe) de déposer une demande de logement social, une telle demande étant alors traitée de manière prioritaire. »
Manifestation le 28 avril 2007 à Paris, pour interpeller les politiques sur les problèmes de précarité et de discriminations qui touchent les Français d’Outre-Mer © AFP
De même la question de la continuité territoriale, au cœur des débats depuis de nombreuses années n’est pas oubliée. La pérennisation et l’élargissement de ce système apparaît comme une priorité. Une continuité territoriale qui ne semble pas assimilée par tous les ayants droits. Ainsi, la commission réclame davantage de publicité autour des « billets deuil », notamment auprès des agences de voyages. « A quoi sert un avantage acquis qui reste inappliqué ? » s’interroge-t-elle.
Une information claire qui circule dans les deux sens, voila ce que beaucoup d’Ultramarins consultés ont réclamé. Dans tous les domaines. Sur le sujet de la drépanocytose, par exemple, une maladie génétique du sang qui concerne en majorité les populations noires. Les mesures annoncées dans la lutte contre la maladie en juillet ne suffisent pas. Les Ultramarins demandent à être informés du suivi de ces mesures. La santé suscite beaucoup d’inquiétudes. Qu’en est-il de la relation entre le cancer de la prostate et le pesticide chlordécone ? A quand une étude publique sur l’impact du déracinement sur le bien être des originaires d’Outre-mer ?
Venir en aide aux étudiants
Afin de promouvoir une véritable égalité entre tous les étudiants, la commission demande la création de Maisons des étudiants et lycéens ultramarins, qui, en plus d’accompagner les jeunes, faciliterait les liens avec le monde de l’entreprise et leur permettrait de rencontrer des employeurs potentiels.
Nombreux sont les élèves qui dès leur plus jeune âge ont eu à faire face aux lacunes de leurs enseignants sur les spécificités ultramarines. C’est pourquoi le rapport propose « l’ajout, dans le cadre d’un master d’enseignement, d’un module relatif à la connaissance des Outre-mers, durant la formation initiale des futurs enseignants. »
C’est un vaste chantier sur lequel s’est penchée cette commission, rapportée par David Auerbach Chiffrin de l’ACCDOM et Daniel Dalin du Collectif Dom, auprès de Patrick Karam, délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’Outre-mer.
Ces premières propositions sont issues uniquement de consultations auprès des Ultramarins de l’hexagone. Un première synthèse générale des différentes commissions aura lieu en septembre, avant un « Conseil interministériel de l’Outre-mer » prévu en octobre.

