12/05/2009

Par Philippe TRIAY

INTERVIEW. Greg Germain, rapporteur de l’atelier « Culture et visibilité »

L’acteur et producteur guadeloupéen Greg Germain fait le point sur les activités de son groupe de travail dans le cadre des Etats généraux dans l’hexagone.

L’acteur et réalisateur guadeloupéen Greg Germain © DR Comédien, réalisateur et producteur, Greg Germain est un infatigable militant de la défense et de la promotion des artistes ultramarins. Parmi ses multiples casquettes, cet originaire de la Guadeloupe, né en 1947, est le créateur et directeur du Théâtre d’Outre-mer en Avignon (TOMA), membre du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage et membre du Conseil d’administration de la Société de l’Audiovisuel extérieur de la France.

Il est rapporteur du groupe de travail « Culture et visibilité » dans le cadre des Etats généraux de l’Outre-mer dans l’hexagone, lancés le 22 avril à Paris.
Du 13 mai au 14 juin 2009, Greg Germain joue le rôle de Colin Powell dans la pièce à succès de Davis Hare, Stuff Happens, au Théâtre des Amandiers à Nanterre

Comment se déroulent les travaux au sein de votre atelier ? Etes-vous satisfait ?
Greg GERMAIN :
Nous sommes une trentaine à travailler, nous échangeons beaucoup par e-mail et nous tenons de courtes réunions. Le constat sur la problématique est toujours le même : absence de visibilité à travers les grands médias nationaux, à travers le cinéma, l’audiovisuel et le spectacle vivant. En relation avec les départements d’Outre-mer dont nous sommes originaires, nous avons des propositions et nous veillerons à ce que ces propositions soient bien entendues et qu’elles obtiennent une réponse claire.

Quelles sont ces propositions ?
Greg GERMAIN :
Je constate une grande absence au sein des instances décisionnelles, dans les commissions concernant le cinéma et l’audiovisuel, le Centre national de la cinématographie (CNC), etc. Il faudrait que nous soyons un peu plus présents dans ces instances. Même choses pour les talk shows à la télévision. Nous n’avons donc pas d’intellectuels, de personnes qui peuvent s’exprimer sur le monde ? Il est anormal que notre pays se prive de l’apport culturel et intellectuel de personnes comme l’écrivain martiniquais Edouard Glissant par exemple. Il est anormal également que France 2 fasse des séries sur des grands héros emblématiques français en ignorant l’Outre-mer. Donc les propositions sont multiples et elles ne sont pas si coûteuses que cela par rapport à ce que ça rapporte en termes de lien social. Je pense que les Français de l’hexagone ont une image dévalorisante des Outre-mer, et ces préjugés nuisent au mieux vivre ensemble.

Le lien serait-il donc rompu entre l’hexagone et ses Outre-mer ?
Greg GERMAIN :
Ce n’est pas qu’il serait rompu, c’est plutôt un lien qui serait comme un courant alternatif. Quand nous avons des problèmes, sismiques ou cycloniques, comme ceux inhérents à nos régions, on voit bien que la France pense à ses départements d’Outre-mer. Et puis là seulement. Alors mettons tout cela au clair. Depuis 1946, rien n’a été fait. Nous sommes passés de colonie à département, puis à département avec des spécificités, bref on ne comprend rien ! Alors mettons tout cela à plat et voyons ce qui ne va pas ! Et à partir de là essayons de trouver des solutions.

Concernant les Etats généraux en Outre-mer, quelle est votre opinion sur l’attitude des mouvements de revendication comme le LKP qui ont appelé au boycott ?
Greg GERMAIN :
On a toujours tort d’être absent. Parce que c’est maintenant que l’on peut peser et faire le mieux entendre sa voix. Je doute fort qu’il se reproduise dans les prochains mois ce qui est arrivé il y a deux mois. L’effervescence médiatique qu’il y a eu fait que l’on peut mettre le doigt sur les problèmes. Si nous ne le faisons pas aujourd’hui, quand le ferons-nous ?

Quel est le fond du malaise aux Antilles ? Est-il essentiellement identitaire ?
Greg GERMAIN :
Il est multiple. Edouard Glissant, que j’admire énormément, dit deux choses. Dans la vie, il y a le prosaïque, et il y a le poétique. Concernant le prosaïque, obtenir de la nourriture, de l’essence, nous avons certes un souci de ce côté-là.
Pour le poétique, tout ce qui est relatif à l’imaginaire, au culturel, peut-être à l’identitaire, rien de cela n’a été étudié, porté sur des fonds baptismaux en quelque sorte. Nous ne sommes pas prisonniers de l’histoire mais on ne peut pas faire comme si l’histoire n’avait pas existé. Nous sommes descendants d’esclaves, nous avons une spécificité, voire un particularisme, et ceci doit être pris en compte au sein de la nation. Et cela n’a pas été fait. Une mémoire obscure nous anime encore aujourd’hui. Cette prise en compte permettrait à la France de grandir.

Propos recueillis par Philippe Triay

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