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Publié le 16/06/2010 | 15:29

AFRIQUE. Droits humains : doit mieux faire !

Par Philippe TRIAY

Dans son rapport annuel, Amnesty International déplore que l’année 2009 ait été marquée en Afrique par de nombreux exemples « illustrant l’absence de volonté politique de veiller au respect de l’obligation de rendre des comptes à quelque échelle que ce soit ».

Réfugiées soudanaises dans le camp de Mile, Est du Tchad, en 2004 © Amnesty International Certains conflits ouverts ravagent actuellement le continent africain, propices à de nombreuses violations des droits humains. C’est le cas par exemple en République centrafricaine, en République démocratique du Congo (RDC), en Somalie, au Soudan et au Tchad. Amnesty International (AI) constate qu’en 2009 groupes d’opposition armés et troupes gouvernementales ont commis des atteintes aux droits humains en toute impunité. « Dans l’est de la RDC, les violences sexuelles, les attaques contre les civils, les pillages ainsi que l’enrôlement et l’utilisation d’enfants soldats se sont poursuivis avec la même intensité », relève l’organisation de défense des droits de l’homme.

Impunité
En matière de sécurité publique, AI note que le manque de détermination à lutter contre l’impunité s’est également illustré par la complaisance de nombreux Etats devant les violations perpétrées par leurs forces de sécurité, qui ont commis en 2009 des homicides illégaux et des exécutions extrajudiciaires.

Exemples : « À Madagascar, le 7 février, la garde présidentielle a tiré à balles réelles sur des manifestants non armés qui se dirigeaient vers le palais présidentiel à Antananarivo, faisant au moins 31 morts. Aucune enquête indépendante et impartiale n’a été menée sur ces homicides illégaux malgré les demandes de proches des victimes et d’organisations de défense des droits humains  ». « Au Cameroun, le gouvernement ne semblait pas avoir ouvert d’enquête sur la centaine d’homicides illégaux commis en 2008 par les forces de sécurité lors de la répression de violentes manifestations organisées contre l’augmentation du coût de la vie et contre une modification de la Constitution visant à prolonger le mandat présidentiel  ». « En Guinée, plus de 150 personnes ont été tuées illégalement le 28 septembre lorsque les forces de sécurité ont violemment réprimé une manifestation pacifique organisée dans un stade de Conakry, la capitale du pays. Des manifestantes ont été violées en public. Les autorités n’ayant mené aucune investigation sérieuse sur ces violences, les Nations unies ont mis en place une commission d’enquête internationale qui a conclu à l’existence de crimes contre l’humanité et recommandé que l’affaire soit portée devant la CPI (Cour pénale internationale, ndlr) ».

Dans de nombreux pays africains, journalistes, syndicalistes, responsables associatifs, défenseurs des droits humains et opposants en général ont subi des violations de leur droit à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, selon AI. Au Cameroun, un journaliste condamné à trois ans d’emprisonnement pour publication de « fausses nouvelles » est décédé en prison. D’autres ont été inculpés d’outrage à des représentants de l’État. « Le Soudan et le Tchad ont expulsé plusieurs journalistes étrangers, et des lois restreignant les activités des médias ont été adoptées ou restaient en vigueur dans ces deux pays ainsi qu’au Rwanda et au Togo » souligne AI.

DOCUMENT. Les enfants soldats en République démocratique du Congo (France 2/INA, 16 juin 2003)

Discriminations
« Dans l’ensemble de la région, des militants des droits humains ont fait l’objet de manoeuvres d’intimidation en raison de leurs activités et ont parfois été arrêtés, notamment au Burkina Faso, en Mauritanie, en RDC, au Swaziland, au Tchad et au Zimbabwe » relève également l’organisation des droits de l’homme. Intimidations, arrestations arbitraires, tortures et mauvais traitements également pour les opposants politiques réels ou présumés au Cameroun, au Congo, en Éthiopie, en Guinée, en Guinée-Bissau, en Guinée équatoriale, à Madagascar, au Niger, au Tchad et au Zimbabwe. Des opposants ont été victimes de disparitions forcées, notamment en Gambie et au Tchad. Par ailleurs au Congo, en Guinée, à Madagascar, en Mauritanie et en Ouganda, des manifestations ont été violemment réprimées.

L’Afrique reste la championne en matière de discriminations fondées sur l’orientation sexuelle, réelle ou supposée. Lesbiennes, gays, bisexuels, transexuels et leurs défenseurs sont harcelés et intimidés. Certains sont arrêtés, maltraités ou incarcérés de manière arbitraire. « Au Cameroun et au Sénégal, des hommes soupçonnés d’avoir des relations homosexuelles ont été harcelés, arrêtés et incarcérés de manière arbitraire, placés en détention, torturés et jugés à l’issue de procès iniques », dénonce AI. Dans plusieurs pays de nouvelles lois incriminant davantage l’homosexualité ont été adoptées ou sont en cours d’examen. C’est le cas par exemple au Burundi qui a adopté, en avril, un nouveau Code pénal érigeant en infraction les relations homosexuelles entre personnes consentantes.

En savoir plus : Le site d’Amnesty International

A lire : « Afrique noire, poudre blanche : l’Afrique sous la coupe des cartels de la drogue » par Christophe Champin (André Versaille Editeur), avril 2010, 156 pp., 16,90 euros.

Depuis le début des années 2000, les cartels latino-américains de la drogue ont investi l’Afrique. Pour approvisionner le marché européen, qui a explosé ces dix dernières années, les organisations criminelles, notamment colombiennes, cherchent de nouvelles « routes » pour amener leur marchandise à bon port afin d’échapper aux contrôles des polices européennes et américaines. Après les Caraïbes, le continent africain est devenu leur « nouvelle frontière ». Grâce à la corruption et à la faiblesse de certains pays, les narcos ont réussi à faire de plusieurs Etats africains de véritables plaques tournantes. Les quantités saisies ont grimpé en flèche : de moins d’une tonne, avant 2005, à 33 tonnes, entre 2005 et 2007. L’Afrique et la drogue ont, certes, une vieille histoire commune. L’héroïne du Sud asiatique y transite depuis une bonne trentaine d’années. Le cannabis y est cultivé à peu près partout. Mais l’ampleur et la soudaineté de la croissance du trafic de cocaïne dans cette partie du monde est inquiétante. En Amérique du sud et en Amérique centrale, les organisations criminelles liées à la drogue sont parvenues à déstabiliser des Etats. Certains pays africains pourraient connaître le même sort. Au terme de plusieurs années d’enquête, en particulier en Afrique de l’Ouest, Christophe Champin lève le voile sur ce développement fulgurant du trafic de cocaïne qui fait peser une lourde menace sur l’Afrique.

L’auteur. Journaliste, Christophe Champin a travaillé comme correspondant dans plusieurs pays africains pour Radio France internationale entre 1991 et 2008. Il est actuellement rédacteur en chef adjoint du site Internet de RFI. Préface par Antonio Luigi Mazzitelli, représentant régional de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc) au Mexique.

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