Ancien conseiller de Jacques Chirac et de plusieurs chefs d’Etat africains, consultant international, chroniqueur pour le site Bakchich.info, ce spécialiste et passionné de l’Afrique revient sans complaisance sur 50 ans d’indépendance.
Jean-François Probst © DR
Ancien conseiller de Jacques Chirac, Charles Pasqua, Alain Juppé, Michèle Alliot-Marie, Jean Tiberi, et de plusieurs chefs d’Etat africains, Jean-François Probst cultive une véritable passion pour l’Afrique, qu’il connaît bien pour l’avoir sillonnée dans tous les sens. Gaulliste fervent, Probst a été membre du Rassemblement pour la République (RPR) dont il fut exclu en 2000 pour sa proximité avec le maire du Ve arrondissement de Paris Jean Tiberi, lui-même évincé du RPR. Electron libre de la politique française, il est actuellement chroniqueur pour le site d’information Bakchich.info ainsi que Bakchich Hebdo, et très souvent sollicité par les médias. Il mène par ailleurs des activités de consultant international. Probst est l’auteur de Chirac et dépendances (Editions Ramsay, 2002), Chirac, mon ami de trente ans (Ed. Denoël, 2007), Les dames du Président (Ed. du Rocher, 2008), et devrait publier d’ici la fin de l’année un ouvrage de réflexions sur l’Afrique, tiré de ses nombreuses expériences sur le continent. Il nous livre son analyse sur les indépendances africaines.
Le bilan des indépendances
« Cinquante ans après les indépendances on peut dire d’abord que tout va plus mal mais aussi que beaucoup a été fait. Beaucoup a été fait parce que ces nations-là sont devenues indépendantes. C’était une fantastique libération. Il y avait aussi une volonté du général de Gaulle et des gaullistes d’une politique d’entente, de coopération et de développement, avec notamment la création d’un ministère de la Coopération. En Afrique il y avait l’espoir d’émancipation des jeunes, des femmes, une volonté d’éducation et pour la santé, l’envie de développer l’agriculture, la pêche etc. Il y avait de l’engouement, de la prise de responsabilité…
Les chefs d’Etat avaient pas mal commencé, même si certains ont vite dérapé comme Fulbert Youlou au Congo ou Sekou Touré en Guinée. Mais aujourd’hui, 50 ans après, on voit que les jeunes gens veulent quitter l’Afrique au péril de leur vie pour aller vers ce qu’ils croient être un eldorado européen ou américain. Autre triste symbole : le président Omar Bongo du Gabon, après quarante ans de règne et de gabegie financière, chef d’un Etat si riche d’à peine un million d’habitants, est obligé d’aller mourir en Espagne parce qu’il n’y a pas de quoi le soigner à Libreville. Six mois auparavant sa propre épouse décède au Maroc où elle avait dû aller se faire soigner pour les mêmes raisons.
Regardons le Sénégal d’Abdoulaye Wade, et l’envers de la médaille. La misère, l’exode rural, les trafics en ville, la prostitution, la drogue, le tourisme sexuel, les enfants des rues… Dakar va plus mal en 2010 que dans les années 70. Et pourtant beaucoup d’argent y a été investi.
DOCUMENT AUDIO. Jean-François Probst : "Ce qu’il faudrait faire..."
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Cinquante ans après les indépendances, il y a encore des problèmes d’alimentation et des pays connaissent des famines. Certes il existe des problèmes démographiques et démocratiques, mais enfin l’Afrique est grande et forte, c’est un continent avec 53 pays. Il faudrait engager des politiques bilatérales et multilatérales beaucoup plus sérieuses. Le véritable échec de l’Afrique depuis 50 ans ce sont des politiques sous-régionales qui ont échoué, notamment dans les domaines de l’éducation, de la formation et de la santé, et surtout une Union africaine (UA) qui ne sert à rien. L’UA n’est pas présente sur la scène internationale. »
La France et l’Afrique
« Cela fait longtemps que la Françafrique est morte. Nicolas Sarkozy n’a pas d’appétence pour l’Afrique profonde ni pour le Maghreb. Il y a des élites françaises qui continuent d’œuvrer le mieux qu’elles peuvent pour l’Afrique et pour une civilisation afro-européenne, je crois que c’est mon cas. La France a été longtemps responsable de beaucoup de bonheurs mais aussi de grands malheurs en Afrique, surtout en Afrique francophone. Mais en Guinée Conakry, ce qui s’y passe et ce qui s’y est passé durant 50 ans n’est pas de la responsabilité de la France, il faut avoir l’objectivité de le reconnaître. Mobutu Sese Seko au Zaïre ne serait pas resté au pouvoir à Kinshasa pendant tant d’années si Washington et la CIA n’avaient pas voulu qu’il y soit. Au Congo Brazzaville, Denis Sassou Nguesso n’est pas revenu au pouvoir en 1997 par la volonté de la France. Je dirais même qu’il est revenu contre la volonté de Paris. Il a été aidé par l’Angola du président Dos Santos.
Quand vous analysez l’histoire d’un seul pays d’Afrique sur les cinquante dernières années, vous vous apercevez que dans les entourloupes, les corruptions, les détournements de fonds publics, les erreurs et les horreurs, les torts sont très partagés. Si vous prenez les conflits les plus sanglants d’Afrique de l’Ouest, le Liberia et la Sierra Leone par exemple, vous vous apercevez que les intérêts et les participations sont croisés.
Il faut qu’une nouvelle coopération s’instaure, de sorte que la France ne soit pas seulement complaisante, mais coopérante et fraternelle. Du côté africain, il faudra également de nouvelles élites. Il faut également moderniser notre diplomatie. Pour une meilleure lisibilité il faudra faire des choses significatives, et d’abord abandonner le franc CFA, revoir la monnaie et les circuits financiers. Il n’est pas normal que le Trésor français profite des difficultés de nations pauvres. »
Propos recueillis par Philippe Triay
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