Françoise Vergès a remis son rapport sur les "zoos humains" © Ministère de l’Outre-mer
Françoise Vergès a remis à Marie-Luce Penchard son rapport de mission sur la mémoire des expositions ethnographiques et coloniales. Elle souhaite avant tout que soit inscrit dans l’espace public les mémoires de la colonisation.
Quelle place occupent les expositions ethnographiques et coloniales dans la mémoire collective française ? C’est sur ce sujet que Françoise Vergès s’est penchée dans le cadre de l’Année des Outre-mer. Au printemps, la présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CPMHE) fut chargée par la ministre de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, d’une mission de "réflexion et de propositions concrètes autour d’un travail mémoriel et historique consacré aux inacceptables expositions d’êtres humains, appelées aussi aujourd’hui ’zoos humains’, qui ont eu lieu dans notre pays." Elle a rendu ses conclusions, ce mardi.
"La République a pour devoir de reconnaître ces mémoires et cette histoire, de leur donner leur juste place dans l’histoire de la France, sans aucunement occulter le passé et instruire de procès", a indiqué la ministre. Françoise Vergès qui souhaite que les gestes et actions d’une éducation citoyenne soient multipliés pour ne pas "occulter le passer" et affirmer le rôle de l’histoire de la colonisation dans la construction de la société française. "Une juste place soit faite à celles et ceux qui s’en réclament", souligne-t-elle.
Un mémorial au Jardin d’acclimatation
Son rapport tourne essentiellement sur la mémoire des expositions ethnographiques et coloniales, ses "zoos humains" comme on les appelait à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Selon l’historienne, il serait souhaitable d’inscrire cette histoire dans l’espace public. Parmi ses préconisations, elle recommande notamment la création d’un musée des colonisations et la signalisation dans l’espace public des lieux liés à l’histoire ultramarine et coloniale.
La ministre avait annoncé cette mission le 9 avril 2011, lors de l’inauguration de la manifestation "un jardin en Outre-mer", organisée au Jardin d’acclimatation où se déroulèrent de très nombreuses "expositions de la honte". C’est en ce lieu que Françoise Vergès souhaiterait voir naître un mémorial et la distribution de contenus informatifs (brochures, documentation en ligne, etc.) sur les évènements qui s’y sont produits. En Guyane, le rapport considère qu’un monument honorant l’histoire et la résistance des peuples amérindiens est indispensable.
L’importance de préserver la mémoire orale
Elle préconise également la protection du patrimoine immatériel avec la mise en place d’un programme de collecte des mémoires orales ainsi que la protection de la diversité des populations autochtones et tribales ultramarines. Enfin, il semble important pour la présidente du CPMHE qu’une doctrine et un code de bonnes pratiques de l’identification et de la restitution des restes humains des collections patrimoniales soient élaborés. La valorisation des archives par l’intermédiaire d’expositions coloniales et de spectacles ethnographiques est tout aussi importante.
Marie-Luce Penchard a salué les sept mois de travail de cette spécialiste de l’histoire de l’esclavage et a indiqué qu’elle ferait son possible pour que les propositions aboutissent. "Nous ne devons jamais oublier que la protection des populations autochtones doit, plus que jamais, à l’heure des grands bouleversements du monde, être au cœur de nos politiques publiques", a-t-elle conclu.
LE RAPPORT DE LA MISSION : cliquez ici
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