La Guadeloupe et la Martinique sont menacées par plusieurs types de séismes, dont un reconnu comme le plus meurtrier au monde : le Big one.
Failles principales du bassin Caraïbe © IPG
Des mouvements quotidiens
La Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélémy, et la Martinique sont situées sur la frontière entre la plaque Amérique et la plaque Caraïbe. Ces plaques bougent de deux centimètres chaque année.
Les instruments de mesure des observatoires volcanologiques et sismologiques des Antilles enregistrent des séismes chaque jour. Ils peuvent parfois être ressentis par la population. Pour le seul mois d’avril par exemple, 57 séismes d’origine tectonique ont été enregistrés par l’Observatoire de la Guadeloupe dans une zone de 450 km autour de l’île. Ces mouvements de plaques dégagent une énergie dangereuse pour les populations. « Si ces plaques à grande échelle se déplacent de manière continue, dans la zone de contact entre ces deux plaques (la zone de l’arc) les frottements empêchent ce glissement continu et ce déplacement accumule une énergie élastique (comme un ressort qui se tend) dans cette zone de contact qui devra un jour ou l’autre se relâcher lors d’un gros séisme » explique Jean-Bernard de Chabalier, directeur de l’Observatoire volcanologique de la Guadeloupe.
Un séisme et trois sources possibles
Les petites Antilles peuvent être soumises pas à une, mais à trois types de tremblements de terre. Le plus dangereux par la force et l’énergie qu’il pourrait dégager est le séisme de l’interface de subduction. C’est-à-dire que la plaque Amérique passe sous la plaque Caraïbe. La zone concernée par ces tremblements de terre s’étend sur 800 km du nord au sud de l’Arc des petites Antilles. La faille se situe à 100 km environ des îles et se trouve à près de 40 km de profondeur. Cette distance amortit les secousses violentes qui peuvent être générées par un dégagement d’énergie provoqué un « méga séisme ». Leur magnitude est très importante. « Il y a eu dans le passé un tel séisme, le séisme de magnitude estimée à 8, en 1843 entre la Guadeloupe et Antigua. Il s’en produira d’autres dans l’avenir, là, mais aussi ailleurs sur toute cette zone de contact qui débouche au fond de l’océan à l’est de nos îles, depuis le sud des Iles Vierges jusqu’au nord de Trinidad. Le concept de "Big One" si on l’appelle comme cela, est le concept du gros séisme qui s’est déjà produit et qui peut se produire dans une zone de limite de plaque donnée où il y a une faille principale qui absorbe sur le long terme les mouvements permanents des plaques… comme il peut y en avoir en Californie, au Japon, au Chili... ou aux Antilles » explique Jean-Bernard Chabalier.
Autre type de séisme, celui lié à la déformation de la plaque Caraïbe. Les failles où se dégage l’énergie sont situées aussi bien en mer qu’à terre et proches des zones habitées. Au niveau des Antilles, un séisme de ce type de magnitude supérieure à 6 peut se produire plusieurs fois par siècle.
Les différents types de séisme dans l’arc des petites Antilles © IPG
Dernier type de séisme, celui de profondeur intermédiaire. Il s’agit d’un mouvement de faille dans la plaque plongeante. Les magnitudes maximales de ces tremblements de terre se situent entre 7 et 8. Il se déclenche entre 60 et 200 kilomètres de profondeur. Le dernier connu dans les petites Antilles a touché la Martinique en novembre 2007. Sa magnitude était de 7,3. Le séisme s’est produit à 150 km de profondeur. Cet éloignement des terres a provoqué peu de dégâts matériels, des blessés légers, mais il a provoqué un choc psychologique chez certains habitants.
Dégâts
Dans le cas d’un séisme du type Big one, et donc provoqué par la faille de subduction, l’entraide entre les îles voisines risque d’être très difficile, car de nombreuses îles risquent d’être elles-mêmes touchées selon les scientifiques. Un tel tremblement de terre s’étend sur une très large zone du fait de leur faille longue de plus de 100 km. Les secousses ressenties par la population, même atténuées par la distance de l’épicentre du séisme, peuvent être violentes, et les dégâts importants. Selon les scientifiques, des intensités comparables à celles du séisme d’Haïti sont attendues dans les Antilles Françaises.
Pas de calendrier
Impossible de prévoir quand un tremblement de terre aura lieu. Pour Jean-Bernard Chabalier, directeur de l’Observatoire volcanologique et sismique de la Guadeloupe, il existe tout de même une certitude. « La seule chose que l’on peut dire, c’est que sur une telle faille active potentiellement sismogène qui a subi dans le passé des séismes importants, il y en aura d’autres et que leur probabilité d’occurrence est d’autant plus grande que le dernier séisme s’est produit il y a longtemps. Aux Antilles l’histoire est courte par rapport à un éventuel temps de retour de ces séismes (quelques centaines d’années). Les gros séismes connus sont ceux de 1843 au nord de la Guadeloupe et de 1839 au large de la Martinique. On n’en connait pas d’autres, mais il y en a eu dans le passé dans ces zones et ailleurs sur cette limite de plaque. Il y en aura donc d’autres ».
Afin de mieux comprendre ces failles, les scientifiques demandent des outils plus performants pour l’arc des petites Antilles et des études océanographiques. Cela permettrait peut être aussi de détecter des signes annonciateurs. « Lors de certains séismes il y a eu des signes annonciateurs mais on l’a su après ! Avec la connaissance actuelle, il n’y a pas de signes précurseurs systématiques, donc fiables avec un délai, pour permettre cette gestion de la prévention qui serait attendue par la population comme une évacuation. Il faut donc être prêt tout le temps, avoir les bons comportements, réduire notre vulnérabilité » précise Jean-Bernard Chabalier. Une réduction de la vulnérabilité qui passe notamment par la construction parasismique.
Glossaire
Séisme du 7 mai 2010 au large de la Guadeloupe. Magnitude de 4,8 et intensité de 3 à 4 © IPG
Magnitude : C’est la force d’un séisme et plus précisément la quantité d’énergie libéré pendant un séisme. Elle se mesure sur l’échelle ouverte de Richter. Les tremblements de terre de magnitude 5 sont enregistrés par tous les sismographes dans le monde. Ceux de magnitude 6 peuvent provoquer des dégâts, les séismes majeurs sont égaux ou supérieur à 8. Un séisme de magnitude 6 est 10 fois plus élevé qu’un séisme de magnitude 5, et 100 fois plus qu’un séisme de magnitude 4.
Intensité : L’intensité représente les effets du tremblement de terre à un endroit donné. Elle est calculée selon les témoignages recueillis et les dégâts provoqués sur le bâti et sur l’environnement. L’échelle varie de 1 à 10 plus. Pour le Big one annoncé aux Antilles l’intensité prévue est de 9 ce qui signifie une perception humaine violente avec des dégâts importants.
Failles : Les failles sont des zones de rupture dans la croûte terrestre où un mouvement se produit.
Epicentre : C’est le
point à la surface terrestre où se produit le séisme.
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