Face au risque sismique élevé, un plan séisme Antilles est mis en place. Seulement son application reste compliquée.
Dégâts causés par un séisme de magnitude 7,3, sur un bâtiment en Martinique, en novembre 2007 © AFP
Conférences, opérations de simulation, formations, brochures, campagnes de communications … Toutes les actions possibles sont menées aussi bien par les services de l’Etat, que par des associations dans le cadre de la prévention des risques sismiques. L’accent est mis sur la conduite à tenir en cas de séisme, la mise en place d’un kit de survie, la nécessité d’avoir au sein de chaque famille au moins un ou plusieurs secouristes afin d’apporter les premiers secours après la catastrophe. Le public visé est la population entière. Le message passe, mais est-il écouté ?
Attitudes différentes
« Les enfants sont plus attentifs que les adultes » dit Abéric Marcelin, le président de l’APRM, l’Association de prévention des Risques majeurs en Martinique. « Lors d’opérations de simulation, les enfants posent des questions, s’intéressent, tandis que des adultes rigolent… » Le président de l’association n’est pas défaitiste pour autant : « Si je m’en tiens aux ruptures de stocks dans la vente de sifflets, permettant aux victimes de se signaler, aux ruptures de stocks de couvertures de survies, et au nombre de citernes vendues à la Martinique, je dirais qu’il existe tout de même une prise de conscience ».
« L’exigence de la vérité » c’est ce que demande le président de l’APRM. Sur ce point, Albéric Marcelin déclare « On a fini d’être des emmerdeurs. Depuis le temps que nous alertons les autorités, et la population, on commence à être pris au sérieux. C’est triste à dire, mais le séisme de 2007 en Martinique, et les séismes d’Haïti et du Chili cette année ont été des séismes pédagogiques pour la Martinique…. De toute façon on est coincé, on n’a pas le choix. Aucun bâtiment n’est aux normes, il n’y a pas d’argent pour effectuer les travaux, la caserne des pompiers de Fort-de-France ne tiendrait pas le choc…. le seul centre de soins qui pourra accueillir les victimes est l’avancée de la clinique St Paul… » Un tableau noir dressé par un homme passionné par le sujet, qui, sur son temps libre, va à la rencontre de la population avec son acolyte architecte de profession et ancien président de l’association.
Maison dévastée à terre-de-bas en Guadeloupe par le séisme de novembre 2004 © AFP
Techniques contraires
Depuis de nombreuses années, il est conseillé aux personnes de se mettre sous une table solide, ou encore dans l’embrasure d’une porte lors de secousses. Seulement, ce comportement est en ce moment malmené par une nouvelle théorie : celle du triangle de vie. Cette technique est développée par Doug Copp. Il se présente comme chef secouriste et directeur de l’équipe de secours de l’American Rescue Team International, équipe de secours qu’il qualifie de plus expérimentée au monde. L’idée est de se mettre en position fœtale près d’un meuble qui peut se comprimer où, en cas de tremblement de terre, un vide sécuritaire se produira selon cette technique. Depuis la diffusion sur internet de ce comportement, les services de l’Etat en charge de la prévention sont en alertes. Les associations comme L’APRM s’interrogent. Cette denière a reçu fin mai une réponse de la préfecture Martinique lui indiquant que les méthodes jusque là appliquées restent les mêmes. En Guadeloupe, la Diren Guadeloupe nous assure que cette méthode est « très controversée ».
Secours
« De toute façon, si on a un tremblement de terre en
Martinique, on aura des morts ». Le lieutenant-colonel Philippe Cova, en
charge de la coordination pour la zone de défense Antilles, ne mâche pas ses mots. Pour
éviter le bilan catastrophique de 30.000 morts prévus pour la Martinique et un peu
moins pour la Guadeloupe du fait notamment d’une densité de la population moins
élevée, de nombreux scénarii sont étudiés. Dans le cas où une seule île est
impactée par le séisme, les secours peuvent être apportés par « l’île
sœur ». Par ailleurs six détachements d’intervention catastrophes
(DICA) sont en alerte 24h/24, prêts à partir avec un préavis de 3 heures. Au sein
même du territoire, des exercices sont réalisés. Ils ont apporté un plus aux
militaires partis en mission en Haïti après le tremblement de terre du mois de
janvier : « Si je n’avais pas fait l’exercice Richter un an plus tôt,
jamais je n’aurai pensé prendre avec moi un médecin légiste pour partir en
mission en Haïti ». Le médecin a apporté une vision sanitaire aux secours.
Secours après le séisme de novembre 2004 en Guadeloupe © AFP
Les secours passent aussi par la formation. Une formation qui doit évoluer pour le lieutenant-colonel Philippe Cova. « Il faut commencer à mettre plus de difficultés pour coller plus à la réalité. Faire des simulations d’évacuation ne suffit plus. Quand un chef d’établissements a 5 ou 6 morts après un tremblement de terre, il faut qu’il apprenne à gérer ce genre de situation, à gérer l’accueil des familles… Dans les communes, une des solutions pour pouvoir entreposer les morts était de prendre des containers à bananes réfrigérés… Après mon retour d’Haïti, je pense que la mise en place de fosses communes est à envisager… » Le lieutenant-colonel se reprend et relativise. « Il ne faut pas faire peur aux gens, mais il faut trouver un juste milieu. Il y aura des décès, des blessés et des sans-abris. Maintenant il s’agit de mieux s’organiser pour mieux préparer la catastrophe ». Pour cela de nombreux séminaires se tiennent sur le sujet dans les deux îles. L’un d’eux est prévu la première semaine de juin en Martinique.
Le « Big one », tremblement de terre le plus meurtrier au monde peut également provoquer un tsunami dans la zone de séisme. Une catastrophe de plus pour laquelle il existe peu d’instruments de mesures dans la Caraïbe.
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