Moïse Udino © DR
Dans un ouvrage à résonance autobiographique, le sociologue martiniquais Moïse Udino analyse le mal-être des Antillais dans l’Hexagone.
Solidarités fragilisées, racisme, vexations, malaise existentiel, sentiments d’infériorité, désirs non satisfaits de reconnaissance… Les Antillais vivant dans l’Hexagone, principalement en Ile-de-France, se sentent parfois, selon une formule consacrée, des « Français entièrement à part » au lieu de l’être à part entière.
Résignation et frustration
Sociologue originaire de Martinique, formateur pour adultes dans le domaine du management, Moïse Udino, à travers son propre parcours et son expérience professionnelle, se penche dans son livre « Corps noirs, têtes républicaines », sur la dynamique qui conduit au malaise antillais.
S’appuyant sur la littérature, l’histoire, la religion, les contextes sociologiques locaux et le langage, l’auteur esquisse les itinéraires et la situation des Antillais en métropole, oscillant entre acceptation, résignation et frustration.
Avec lucidité, le sociologue met le doigt sur des syndromes aliénants. « Longtemps les Antillaises et les Antillais ont pensé qu’il fallait tenter de sauver la peau de leurs enfants : qu’ils soient de peau plus claire que leurs parents » écrit-il. « L’idée sous-jacente étant de ne pas engendrer d’enfants avec des hommes ou des femmes trop noirs, afin d’éviter aux enfants de souffrir de la couleur de peau. L’ensemble de cette situation est pathogène pour l’estime de soi, le sentiment d’appartenance, la cohésion sociale, l’intégration sociale et l’envie d’entreprendre ».
Résultat, un « écartèlement entre leur appartenance ethnique et les idées fondatrices de l’identité française », d’ailleurs créée, souligne Udino, « pour et par les hommes blancs, riches, de moins de 50 ans »…
Contribution de l’Outre-mer
Dans l’Hexagone, les Antillais (ou leurs descendants nés en France), vivent pour la plupart dans un « contexte culturel de la reconnaissance » défavorable, également marqué par une « absence de communauté réelle ou idéelle de référence ». Ce contexte de négation est générateur de peurs et de contradictions, plutôt que d’espoir.
Comment alors « sortir de l’enfermement et exister », se demande Moïse Udino ? Constatant que les départements et territoires d’Outre-mer ont globalement réussi « le vivre-ensemble entre des populations venues des quatre coins du monde », l’auteur plaide pour la reconnaissance de la contribution de l’Outre-mer dans l’enrichissement sociétal français. Il faudrait ensuite, conclut-il, « participer à l’amélioration des rapports sociaux ordinaires entre les peuples de France et pour finir, sortir l’exception culturelle française qui d’un côté, prône le multiculturalisme, et de l’autre, interdit et rejette les différences ».
Moïse Udino, « Corps noirs, têtes républicaines, le paradoxe antillais », Editions Présence africaine, Paris, 2011, 175 pages, 20 euros.
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