Culture - THEATRE

Publié le 15/02/2011 | 15:47

Le « Jaz » de Gerty Dambury

Par Philippe TRIAY

Gerty Dambury lors d’une répétition à la Halle aux Cuirs de la Villette fin janvier 2011 © La Fabrique Insomniaque/Claire Risterucci La dramaturge guadeloupéenne Gerty Dambury met en scène et interprète en solo « Jaz », une pièce de l’écrivain ivoirien Koffi Kwahulé. Entretien.

« Jaz » sera présenté pour la première fois le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des femmes, à l’Auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris. Gerty Dambury nous a accordé cet entretien avant son départ pour Cuba, où elle participe actuellement à la XXème édition de la Foire internationale du livre, qui se tient du 10 au 20 février à La Havane. Elle y donnera notamment une conférence intitulée « Ecrire pour le théâtre, un choix obstiné ».

« De la musique pure »
« Jaz est en fait un monologue. C’est une femme qui parle d’une autre femme qui a été agressée sexuellement dans une sanisette » explique Gerty Dambury. « Le texte est construit comme un morceau de jazz. L’auteur, Koffi Kwahulé, dit d’ailleurs que son maître en écriture c’est le pianiste Thelonious Monk. Cet écrivain est très attaché au jazz, John Coltrane, Charlie Parker… et aux voix de cette musique, qui inspirent beaucoup sa façon d’écrire. »

Avant de travailler sur la mise en scène de Jaz, Gerty Dambury avait déjà fait une lecture de ce texte lors d’un festival à la Maison française de la New York University (NYU) en novembre 2007. Particularité de sa prestation, le public ne la voyait pas et était plongé dans le noir absolu. « Je ne souhaitais pas que les spectateurs soient perturbés par le corps et les mouvements  », dit-elle, « je voulais que le texte seul soit mis en avant ». Rien donc sur la scène, seule la voix de l’interprète émergeant des coulisses.

« C’est de la musique, de la musique pure », confie Gerty Dambury. « Mais dans cette obscurité totale, les gens ont éprouvé des choses extraordinaires. Quand nous en avons parlé après la représentation, certains ont dit avoir vu des couleurs, parce que le texte lui-même évoque plein de couleurs. D’autres se sont construit une musique personnelle. D’autres encore qui connaissaient le texte, comme la femme de Koffi Kwahulé, ont perçu des détails qu’ils n’avaient pas vus auparavant  ».

Deux créations possibles
Avec sa compagnie, La Fabrique insomniaque, la dramaturge a décidé de reprendre la pièce et de pousser l’expérience de New York « vers un petit plus ». Le texte ne sera donc pas joué (joué, et pas lu) dans le noir, mais cependant le corps de l’actrice ne sera pas totalement visible. Pour l’interprète et son régisseur, c’est également un travail sur la manière dont l’obscurité révèle la lumière. Tout cela sans aucun décor. Le son est également très important. « Le son introduit des ruptures. Quelquefois il est aérien, avec cependant une suggestion de menace. Il est parfois léger, avec des tonalités de cabaret », précise Gerty Dambury.

La singularité de cette création est aussi qu’il y en a deux possibles selon les salles. Une version interprétée par la metteur en scène, telle que décrite ci-dessus, et une autre version pour des salles équipées de grands écrans, ou seront projetées des œuvres du photographe Emir Srkalovic durant le déroulement de la pièce, scandant le jeu de Gerty Dambury. « D’une certaine façon, Emir nous fait le décor », explique l’artiste. « Il s’est mis dans la peau d’un homme qui va suivre des femmes dans Paris et il les a traquées à leur insu, nous rapportant des centaines de photos. Il crée ainsi un environnement de lieux, marqué par la présence de femmes  ».

Par ailleurs, Gerty Dambury veut inscrire sa démarche dans le prolongement de l’année 2010 qui avait été décrétée « Année de lutte contre les violences faites aux femmes ». « Cette pièce est en effet un texte sur l’éclatement et la destruction de la personnalité après une telle violence  » souligne-t-elle. « Je vais réaliser toute une opération sur les violences faites aux femmes chez nous aux Antilles, parce que c’est un vrai problème, auquel on s’attaque assez peu ». Dans ce cadre, tout un travail pédagogique et de sensibilisation, animé par Gerty Dambury elle-même, est prévu dans des collèges et des lycées à l’occasion de sa tournée prévue en Guadeloupe à partir du 10 mars.

Agenda

Première représentation : 8 mars 2011 (Journée internationale des femmes)
20h - Auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris (entrée libre)
5 rue de Lobau - 75004 Paris (métro Hôtel de Ville)

Du 10 au 16 mars, Gerty Dambury et Koffi Kwahulé seront en Guadeloupe et interviendront dans des médiathèques avec la comédienne Magali Solignat qui lira des extraits de la pièce.

Gerty Dambury interprètera « Jaz » du 14 mars au 2 avril (avec prolongations possibles) dans plusieurs salles et théâtres de Guadeloupe (Le Lamentin, Pointe-à-Pitre, Le Moule, Capesterre, Les Abymes) et en extérieur (Port-Louis, Le Lamentin, Baie-Mahault, etc.).

« Jaz », une pièce de Koffi Kwahulé (éditions Théâtrales, 1998)
Mise en scène et interprétation : Gerty Dambury
Lumières : Jean-Pierre Népost
Sons et musiques : Jacques Cassard et Lully Dambury
Photographies : Emir Srkalovic
Costumes : Claire Risterucci

Les œuvres (théâtre, poésie, nouvelles) de Gerty Dambury ont été publiées par Les éditions du Manguier.

Le plus de Outre-mer 1ère :

Dramaturge, metteur en scène, poète, actrice et auteur de nouvelles, Gerty Dambury a remporté le prix 2008 de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) de la dramaturgie de langue française pour sa pièce « Trames ». (Lire la suite).

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