Culture -

Publié le 15/05/2009 | 16:35

MUSIQUE. Kassav’ fête ses trente ans au Stade de France

Par Maité KODA

Le plus célèbre groupe antillais fête son anniversaire en grande pompe le 16 mai, en compagnie d’une centaine d’invités lors d’une nuit 100% créole.

Un concert 100% créole, voilà ce qui attend plus de 60 000 spectateurs samedi 16 mai au Stade France à Saint-Denis (93). Cet événement est surtout l’occasion pour le groupe mythique Kassav’ de fêter ses trente ans d’existence. Une telle carrière méritait bien de remplir le plus gros stade français.

GIF - 34,7 ko ©  Chorale, steel band, percussions…, au programme entre Admiral T et Akiyo, plus de cent artistes sont invités à la fête pour plus de quatre heures. L’occasion de revenir sur le parcours du légendaire et indémodable groupe antillais.

« Zouk la sé sel medikaman nou ni ». Ils nous avaient prévenus dès 1984 : le zouk avait des vertus thérapeutiques. Et il faut croire que l’une des propriétés de ce médicament miracle, c’est bien la longévité. Trente ans après leurs débuts, le groupe Kassav, plus en forme que jamais revient pour nuit 100% créole samedi 16 mai.

Les débuts

Ils n’ont jamais vraiment quitté le devant de la scène. Quarante ans plus tôt, avec leur morceau « All you need is love » les Beatles assuraient n’avoir besoin que d’amour. En décembre 2007, les membres de Kassav’ leur répondaient avec l’album « All you need is zouk ».
S’ils vivent « comme si les problèmes n’existaient pas », s’ils surmontaient les difficultés de la vie, c’était uniquement grâce au zouk,« notre seul médicament », clamaient-ils dans les années 80. Il semblerait que la formule miracle n’ait pas trahi ses promesses.
« Zouk la sé sel medikaman nou ni » a sans conteste été le plus gros succès de Kassav’ depuis sa formation en 1979.  JPG - 18,1 ko "Zouk la sé sel medikaman nou ni" clame le groupe Kassav’ depuis 1984 ©

L’irruption des frères Pierre-Edouard et Georges Decimus aux cotés de Freddy Marshall puis de Jacob Desvarieux et de Jocelyne Bérouard a bouleversé l’univers de la musique antillaise, jusqu’alors dominé par le kompa haïtien. C’est qu’avec leurs albums « Love and Ka dance » et « Lagué mwen », tous deux sortis en 1980, les membres du groupe avaient inventé ce qui, plus qu’un rythme ou un style musical, allait devenir un concept, voire un art de vivre : le zouk.

Le zouk intègre le patrimoine antillais

Après l’arrivée en 1981 de Jean-Claude Naimro au clavier et de Jean-Philippe Marthély puis de Patrick Saint-Eloi au chant, l’aventure Kassav’ est définitivement sur les rails. Les premières tournées à travers les Antilles leur permettent d’asseoir leur notoriété locale.
Le zouk parle aux Antillais, il les fait vibrer, danser et surtout il a été conçu chez eux, par des Martiniquais et des Guadeloupéens. Il leur parle d’eux, de leur vie, de leurs pays. Il devient donc une véritable fierté, une partie intégrante de leur patrimoine musical qui accompagnera toute une génération. 

Et surtout une richesse qui ne va pas tarder à s’exporter partout dans le monde. En 1985, le groupe se lance dans sa première tournée hors Antilles. Avec l’Afrique en ligne de mire et notamment la Côte d’Ivoire, réservoir musical de l’Afrique de l’ouest, qui continue de donner la tendance sur toute la région. Kassav’ y remporte un véritable triomphe.

JPG - 19,6 ko "K’toz" est sorti en 2004 © Une fois l’Afrique de l’ouest conquise, reste à séduire le continent européen, dont l’Hexagone. La tâche ne sera pas ardue, les Antillais de Paris et de province connaissent déjà le phénomène. Leur promotion se fait via le bouche à oreille et est d’une efficacité redoutable. Kassav’ s’est lancé pour défi de donner un concert au Zénith de Paris, le 22 juin 1985. Contrat aisément rempli ; un mois avant la date, la salle affichait déjà complet.

La voix éraillée, la basse de Jacob Desvarieux, l’énergie communicative des choristes et la voix chaude de Jocelyne Berouard font mouche à chaque fois. Quant à Patrick Saint-Eloi, sa voix de crooner et son sourire envoûtant font chavirer les cœurs de la gent féminine. La puissance et la précision des nombreux cuivres et du clavier assurent le reste et enchantent ensuite les publics algérien, angolais, nigérien ou encore burkinabé.
Premières récompenses

Devenu international, le zouk obtient ses lettres de noblesse : Kassav célèbre son disque d’or en Guadeloupe, devant des dizaines de milliers de fans. En juin 1986, ils inaugurent le premier carnaval antillais de Paris, lors d’un concert gratuit réunissant 250 000 personnes.
Les récompenses ne s’arrêteront pas là. En 1988, Kassav devient« meilleur groupe » aux Victoires de la Musique à Paris, avant de recevoir l’année suivante un disque de platine à l’occasion de son dixième anniversaire.  La musique de Kassav’ fait désormais partie du patrimoine antillais ©


Désormais, tout le monde les connaît. Plus qu’un groupe musical, les membres de Kassav’ deviennent des ambassadeurs de la musique antillaise et française. Présents sur tous les continents, ils deviennent notamment le premier groupe noir à se produire en URSS, où ils organisent trois concerts à Léningrad en 1989. Jusqu’à aujourd’hui, Kassav’ reste le groupe français ayant vendu le pus grand nombre d’album à l’étranger.
En 1992, la cinéaste martiniquaise Euzhan Palcy les place au cœur de son film « Siméon ». Ils en interpréteront non seulement la bande originale, mais se font également acteurs et jouent aux cotés de Pascal Légitimus.

Le musicien Peter Gabriel remarque alors le claviériste du groupe, à la barbe poivre et sel et aux dreadlocks légendaires. Jean-Claude Naimro signe alors avec lui un contrat d’un an. Thierry Vaton le remplace et fait son apparition dans le groupe.
Ils ne sont pas légion les musiciens français qui peuvent, à l’instar de Kassav’, se vanter avoir collaboré avec le percussionniste Ray Baretto, l’harmonica de Stevie Wonder et l’ingénieur du son de Michael Jackson. Au fil des années le groupe se diversifie, de nouveaux membres arrivent, d’autres s’en éloignent temporairement pour assurer leur carrière solo, mais l’essence même du groupe reste inchangée. Kassav’ continue d’enchaîner les albums , les tournées internationales et d’assurer ses rendez-vous quasi annuels au Zénith de Paris.

Trois jours de consécration

En 2001, devant un public toujours fidèle, le groupe fête son vingtième anniversaire à Bercy, à Paris, devant près de 30 000 spectateurs. Vingt ans de tubes sont repris en chœur par la foule, sans aucune hésitation.
En 2005, Kassav’ était à nouveau à Paris pour trois concerts à guichets fermés au Zénith. Un DVD live, "Carnaval tour" sortira quelque temps après. Durant toute sa carrière, le groupe a toujours privilégié la rencontre avec ses fans, à l’occasion de concerts d’envergure. La quinzaine d’albums, sans compter les albums solos, a fait de Kassav’ le groupe de référence en matière de zouk. En 2009, le groupe sort un album best of, comprenant trois CD « Saga ». Aujourd’hui, toute une génération se souvient de l’innovation permanente dont a su faire preuve ces zoukeurs. Nul doute que ces anciens seront au rendez-vous au coté des plus jeunes ce 16 mai à Paris.

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