Dossiers - Tourisme

Publié le 24/10/2007 | 11:07

97. Les Antilles françaises sûres de leurs charmes

Par Timothy MIRTHIL

Malgré certaines lacunes, la Martinique et la Guadeloupe ont encore le vent en poupe alors qu’une gigantesque campagne de promotion, qui a débuté le 19 octobre, tente de valoriser leurs atouts. Premier volet de notre enquête sur le tourisme Outre-mer.

Zoom sur le tourime artisanal à l’occasion de la visite du secrétaire d’Etat chargé de la Consommation et du Tourisme, Luc Chatel
RFO Martinique (16 octobre 2007)
Les compagnies aériennes s’affrontent sur la desserte régionale
RFO Martinique (17 octobre 2007)

JPG - 8,1 ko © RFO Les médias ne sont pas toujours tendres avec les destinations Martinique et Guadeloupe, pointant plus souvent leurs lacunes que leurs atouts mais, contrairement aux idées reçues, les Antilles françaises ont la cote. Elles figurent même à la 10ème place des 100 destinations préférées des Français en 2006, juste derrière les Etats-Unis. Avec un taux de fréquentation qui a augmenté de 8,6% en 2006, certains parlent d’un retour en grâce.

Corriger le tir
Depuis quelques années, et malgré ces récents progrès, de vives critiques entachaient la réputation des Antilles. Au chapitre des lacunes, les professionnels du tourisme ont bien été obligés de reconnaître un parc immobilier vieillissant et trop ancré dans le balnéaire, un manque de professionnalisme et une offre essentiellement tournée vers un tourisme métropolitain. Le plus délicat étant sans doute un accueil jugé plutôt froid, voire désagréable, par les touristes préférant du coup les îles hispaniques ou anglo-saxonnes de l’arc antillais.

JPG - 12,8 ko Le carnaval, richesse culturelle des Antilles françaises © RFO Aujourd’hui encore, les déçus partagent leurs expériences sur les forums touristiques et communautaires où les mauvaises anecdotes sont relatées dans les moindres détails. Mais les professionnels ne sont pas les seuls dont l’attitude est stigmatisée ; le comportement de certains Antillais à l’égard des touristes est aussi montré du doigt. « Il existe un décalage entre l’idée que les gens se font des Antilles et la réalité. Certains touristes pensent que les habitants de l’île sont toujours à la fête alors que leur quotidien est le même qu’ailleurs. Du coup, ils sont parfois déçus. Mais lorsque l’on interroge les clients après leur séjour à la Martinique, l’accueil ne figure pas parmi les reproches », tempère Pascal Reine-Adélaïde.
Conscients de ces déficiences, les professionnels, ont rectifié le tir. « Nous avons réalisé un énorme travail sur l’accueil qui était, je l’admet, une de nos faiblesses. C’est un travail à long terme et nous sommes sur la bonne voie », assure Célia Joachim, responsable de l’antenne Europe au Comité du tourisme des Îles de Guadeloupe.

JPG - 10,4 ko © RFO Une offre en progrès
Durant la saison dernière, la Martinique comme la Guadeloupe ont un peu timidement bénéficié des reports des îles de l’Océan Indien, désertées par les touristes pour cause de chikungunya. Si le dangereux moustique a permis aux deux départements français une légère amélioration des visites, il n’est pas le seul facteur à ce regain d’intérêt.

Depuis quatre ans, les professionnels du secteur semblent avoir consentis à de réels efforts, multipliant la formation des employés et améliorant la qualité des infrastructures. Et puis les deux destinations bénéficient d’un important capital notoriété ; elles apparaissent rassurantes. « L’euro, la sûreté sanitaire, le suivie et l’exotisme dans le même environnement social crées une proximité culturelle sécurisante », explique Pascal-Reine Adélaïde, directeur du bureau Europe du Comité Martiniquais du Tourisme.
L’une des meilleures innovations a consisté à désenclaver les deux îles grâce à une desserte aérienne quotidienne depuis 2003. Désormais en concurrence, Air Caraïbe, Corsairfly et Air France proposent de nombreux vols transatlantiques qui donnent lieu à une véritable guerre des prix très favorable aux clients.

La République Dominicaine talonne
Si la République Dominicaine n’affiche que 300 000 touristes français en 2006 contre presque 800 000 aux Antilles françaises, elle représente tout de même une réelle concurrence. L’île est la spécialiste du todo includo « tout inclus », ces forfaits incluant le vol et l’hébergement sur une période donnée. Pour cette destination, le voyageur, rarement aventurier, opte donc généralement pour un séjour clé en main dont les premiers prix s’élèvent à de 600 à 700€ pour une semaine. L’île hispanophone progresse dans cette industrie ; dotée d’un parc hôtelier récent, elle offre des équipements, des services et une animation de qualité pour un faible coût.
Elle bénéficie en outre de programmes de coopération qui accélèrent le développement de ses infrastructures. Ceci explique que le tourisme représente désormais sa première source de devises, précédant la culture traditionnelle de la canne à sucre.

Il n’en reste pas moins que la destination a perdu 1,1% de touristes français en 2006. La République Dominicaine présente le handicap, en tous cas pour le voyageur français, de ne proposer que des espaces touristiques circonscrits dans des zones protégées. Cette particularité n’incite pas les visiteurs à s’aventurer au-delà de leurs limites, où la réalité sociale est souvent brutale. L’île cherche donc à combler ces insuffisances en s’orientant vers un immobilier haut de gamme.
À l’inverse, la force des îles de Guadeloupe par exemple, réside dans sa dimension multicarte. Les amoureux de la nature trouveront des excursions, ceux qui optent pour le farniente profiteront des plages tandis que les curieux iront à la découverte des richesses de la culture locale. L’archipel est aussi une « multi-destination » avec ses six îles (Guadeloupe, La Désirade, Les Saintes, Marie-Galante, Saint-Martin et Saint-Barthélemy) qui permettent les croisières et autres excursions.

Dans la Caraïbe, la République Dominicaine représente en tout cas la seule concurrence pour les îles françaises puisque l’exotisme cubain attire de moins en moins (-3,8% en 2006) tandis que les Bahamas séduisent très peu.

JPG - 3,7 ko © RFO Les coups durs
En Martinique, cyclone Dean a ravagé les bananeraies au mois d’août 2007. Les pesticides ont durablement pollués les sols des deux îles. La dengue fait son retour. Autant de coups durs portés à un secteur qui bénéficiait depuis peu d’une certaine popularité. Si les Tours opérateurs ne constatent pas vraiment d’annulations liées à ces trois problèmes, ils n’enregistrent pas non plus de réservations supplémentaires.
Conscients du potentiel de nuisance de ces évènements, les professionnels misent sur une grosse campagne de promotion d’une durée de six semaines sur les marchés français, européens et américains. « Nous avons réalisé des spots TV, un affichage massif et mis en place une importante campagne sur le net », assure avec confiance Pascal Reine-Adélaïde.

Pour accompagner ces efforts, le gouvernement a promis un budget de 2,4 millions d’euros, avec l’aide des comités du tourisme de Martinique, de Guadeloupe et de la Maison de la France. Une cellule « info-pratiques Antilles » a été mise en place par la direction du Tourisme au secrétariat d’Etat. Les spots ont débuté le 19 octobre, début de la haute saison.

JPG - 13,5 ko © RFO Ainsi, sept tour-opérateurs (Croisitour, Iles Résa, Last Minute, Look Voyages, Nouvelles Antilles, Nouvelles Frontières, Promovacances) ont rejoint le Comité du tourisme des Îles de Guadeloupe pour le lancement de cette campagne. Egalement engagés dans l’effort collectif, ils proposent une offre unique, à partir de 799€ par personne (9 jours/7 nuits).
Autant d’opérations de communication destinées à encourager des voyageurs qui réservent de plus en plus souvent par Internet ou par téléphone dans une agence. Des clients plus versatiles, davantage motivés par le choix du séjour en fonction de sa durée, que par la destination elle-même.

JPG - 9,3 ko Le Tour des yoles, le principal évènement sportif à la Martinique © RFO Ouverture
Les étrangers aussi apprécient les atouts des îles caraïbes. Plus de 26 000 d’entre eux ont visité la Guadeloupe en 2006, dont une majorité d’Européens. D’ailleurs ce marché convoité par les professionnels s’ouvre sur les pays francophones que sont la Belgique, la Suisse ou le Luxembourg.
L’Allemagne et l’Italie font aussi partie des cibles privilégiées car avec l’euro, les curieux de l’exotisme antillais se sentent rassurés. Autant de marchés vierges qui, bien qu’ils manquent pour le moment de connexions aériennes régulières, motivent les tours-opérateurs et autres spécialistes. « Nous sommes obligés de diversifier nos bassins émetteurs. La Scandinavie, par exemple, devient aussi un marché prometteur », explique Célia Joachim.

JPG - 5,2 ko Des cases au bourg de Pointe-à-Pitre © RFO Une place de choix
La Guadeloupe est la première destination de tous les départements et territoires d’Outre-mer français. Son chiffre d’affaire touristique, qui tourne autour de 6% du PIB, participe aussi au dynamisme de la croissance locale. Le plongeon du secteur en 2005 (-7,7%), ne semble donc plus qu’un mauvais souvenir. Hôtels de qualité, encadrement sérieux, nature pacifique et luxuriante, tout est fait pour redonner le sourire aux professionnels et aux voyageurs.

JPG - 4,4 ko Les ravages du cyclone Dean en Guadeloupe © AFP En ce sens, les deux îles ont collé à la dynamique du Conseil économique et social qui tirait la sonnette d’alarme et préconisait une importante rénovation hôtelière, une diversification des produits et un meilleur aménagement des sites d’accueil dans un rapport sur le tourisme dans les DOM en 2006. Et cela paye puisque la consommation des touristes représente 2% du total des ressources de la Martinique tandis que les recettes touristiques totalisent 50% des exportations de l’île et financent plus de 20% de son déficit commercial.

Les voies du développement pour le secteur sont donc nombreuses. Et il reste beaucoup à faire. Reste à savoir si la campagne médiatique actuelle, ainsi que cette puissante dynamique, permettront aux deux destinations d’améliorer leurs services et, à terme, de maintenir leurs exigences, notamment en matière d’accueil. Car au-delà des vacances, le tourisme peut permettre aux Français de la Caraïbe et à ceux de l’Hexagone de mieux se connaître en partageant leurs richesses et leurs différences.

JPG - 8,7 ko Les yoles rondes s’affontent chaques année au mois de juillet dans les eaux de la Caraïbe © RFO Les chiffres du tourisme aux Antilles françaises Les flux vers la Martinique, la Guadeloupe et La Réunion représentent un trafic d’environ un million de passagers par an ; la Guyane en représente 200 000.
743 856 touristes français ont opté pour un séjour dans les Antilles françaises en 2006, dont 374 913 en Guadeloupe et 368 943 à la Martinique.
Pour la Martinique, le trafic d’affaires représente 23 %, celui des « affinitaires » (Domiens se rendant en métropole, aller et retour) 25 % et enfin les touristes 52 %. Pour la Guadeloupe, ces pourcentages sont respectivement de 19 %, 23 % et 58 %.
L’année précédente, 149 049 clients français ont opté pour un forfait (vol + séjour) contre 109 730 pour un vol sec.

A lire - Deuxième volet de notre enquête sur le tourisme en Outre-mer : Guyane, un potentiel touristique à valoriser

En savoir plus :

-Comité du tourisme des Îles de Guadeloupe -Comité Martiniquais du Tourisme -Le Secrétariat d’Etat de la Consommation et du Tourisme -Le rapport du Conseil Economique et Social : -Le tourisme, perspective d’avenir de l’’outre-mer français -Le numéro vert de « info-pratiques Antilles » : 0 800 736 986*

JT en vidéo

Radio LA1ERE

Dossier

La présidentielle vue des Outre-mer

Dossiers - ELECTIONS

27/02/2012

La présidentielle vue des Outre-mer

>> Tous les dossiers