Elections 2012 - Dupont-Aignan

Publié le 13/03/2012 | 15:55

"Il faut un président qui aime l’Outre-mer"

Par Philippe TRIAY

Nicolas Dupont-Aignan dans son bureau de l’Assemblée nationale, le 25 janvier 2012 © Stéphane WEBER Nicolas Dupont-Aignan a affirmé mardi être en mesure de déposer ses parrainages au Conseil constitutionnel, qui lui permettront d’être "officiellement candidat à l’élection présidentielle", sans toutefois préciser le nombre de signatures obtenues.

"Mercredi, grâce à vous tous, je vais pouvoir déposer au Conseil constitutionnel les parrainages me permettant d’être officiellement candidat à l’élection présidentielle", a annoncé le chef de file de Debout la République, dans un communiqué. Le candidat gaulliste avait défini ses perspectives pour l’Outre-mer au micro de La 1ère.fr en janvier 2012.

Gaullisme social

Nicolas Dupont-Aignan, 50 ans, est maire d’Yerres dans l’Essonne et siège comme député (non inscrit) à l’Assemblée nationale. Elu sous l’étiquette du Rassemblement pour la République (RPR) en 1997 puis sous celle de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP) en 2002, il quitte ce parti (devenu entre-temps l’Union pour un mouvement populaire) en janvier 2007, en désaccord avec Nicolas Sarkozy qui fait adopter par le Parlement seul le futur traité de Lisbonne. Nicolas Dupont-Aignan fonde alors sa propre formation, Debout la République, sous les couleurs desquelles il est élu aux législatives.

Cet ancien sous-préfet diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et issu de l’ENA revendique un gaullisme social et républicain. En 2007, Nicolas Dupont-Aignan n’avait pas réussi à rassembler les 500 parrainages d’élus nécessaires pour que sa candidature à la présidentielle soit officiellement validée. Quand on lui pose la question, il assure cependant qu’il aura les signatures voulues cette année. « Bien sûr que je les aurai, sinon je ne vous recevrais pas », ironise-t-il. Pour autant, il reconnaît lui-même que ses relais en Outre-mer sont « faibles », hormis à la Réunion, où il doit se rendre prochainement. « Mais parmi les candidats à droite, je suis l’un de ceux qui connaît le mieux l’Outre-mer. Et nous avons de plus en plus d’adhésions dans les DOM  » dit-il.

Concernant son programme pour l’Outre-mer, Nicolas Dupont-Aignan ne prend pas de gants : « Il faut reconstituer là-bas un Etat de droit, un Etat juste. Il faut mettre un grand coup de pied dans la fourmilière des importateurs et de la distribution » affirme-t-il. Le candidat considère en effet que le problème de fond en Outre-mer est un problème de prix et de pouvoirs d’achat liés à des rentes de situation. « J’ai remarqué que M. Yves Jégo (secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-mer de mars 2008 à juin 2009, ndlr) n’avait pas dit que des choses fausses (durant les grèves de 2009 en Guadeloupe et en Martinique, ndlr), et il a été sorti du gouvernement. Il faut savoir par exemple si aux Antilles ce sont quelques familles qui commandent ou si c’est la République ».

AUDIO. Nicolas Dupont-Aignan explique le sens de sa candidature Ecouter l'audio

« Je souhaite qu’en Outre-mer la République redevienne la République  » martèle Nicolas Dupont-Aignan. « Un exemple très concret : que Total ne fasse pas la loi pour la distribution de l’essence. Je souhaite que l’on fasse tout pour, s’il le faut, bloquer les prix. Ensuite, je pense qu’il faut passer d’une logique souvent considérée comme d’assistanat – je n’aime d’ailleurs pas beaucoup ce terme – à une logique de production locale ; d’une logique de subvention à une logique de développement autocentrée. Je crois que l’on a pas vu du tout les potentialités qui existent, notamment en termes énergétiques : solaire, éolien et biomasse, ainsi qu’en termes de projets endogènes à développer ».

Le fondateur de Debout la République veut par ailleurs maintenir des accords préférentiels avec l’Outre-mer, démantelés selon lui parce que la France est dans une logique libre-échangiste. « L’éleveur laitier de Normandie souffre autant que le producteur de bananes de Martinique ou de Guadeloupe  » précise-t-il. « Je suis pour rétablir des protections douanières et on peut très bien avoir des accords dérogatoires pour permettre à nos départements d’Outre-mer de vendre leurs produits avec un niveau social plus élevé. Si l’on ne met pas de barrières douanières minimum on ne pourra pas aligner le niveau social sur la métropole  ».

Fonds d’investissement national

Aussi le candidat propose la création d’un fonds d’investissement national pour l’Outre-mer. « Il faut que l’argent public ne passe pas uniquement par des canaux privés qui soient des canaux d’opportunités et qui aboutissent à des espèces de bulles spéculatives. Nous devons réorienter l’effort public sur le développement local. » Nicolas Dupont-Aignan souhaite également améliorer la formation professionnelle, investir dans le domaine des transports publics et renforcer la fermeté en matière de lutte contre les trafics de drogue.

« Je n’aime pas que l’on parle de l’Outre-mer, je préfère que l’on parle des Outre-mer » tient à souligner également le candidat. Selon lui, il faudrait que la communauté nationale comprenne les atouts que représentent ces territoires, en matière océanographique, du point de vue de la présence de la France dans le monde, etc. « Par ailleurs nos populations sont mêlées, et il n’y a pas de problèmes d’intégration  » poursuit-t-il. « Mais comme la volonté politique a disparu de la tête de l’Etat depuis un certain nombre d’années, gauche et droite confondues, on voit trop souvent les Outre-mer comme un poids et non pas comme une chance. Si on veut résoudre les problèmes de l’Outre-mer il faut un président de la République qui aime l’Outre-mer, ce qui n’est pas le cas depuis cinq ans. On a actuellement une démagogie condescendante et une inaction coupable ».

« Ce n’est pas que lui  », modère cependant Nicolas Dupont-Aignan, qui considère que la France possède une « technostructure » relevant d’un certain état d’esprit général, qui ignore la diversité française et ne veut pas s’appuyer dessus. Ainsi l’élite pourrait être aussi méprisante « envers les habitants des Vosges ou de la Haute-Marne qu’envers ceux des Outre-mer ». Et de conclure : « C’est ne rien comprendre à la France, car la France ce sont ses territoires, une mosaïque de territoires. Et une mosaïque de territoires a besoin d’un Etat fort et d’une République égalitaire ».

Propos recueillis par Philippe Triay
philippe.triay@francetv.fr

JT en vidéo

Radio LA1ERE

Dossier

Législatives en Outre-mer

Dossiers - Infos, analyses, vidéos, résultats...

22/05/2012

Législatives en Outre-mer

>> Tous les dossiers